Désinformation

Méthodologie

La méthodologie de détection et d’analyse de la désinformation climatique a été co-construite par l’Observatoire des Médias sur l’Ecologie grâce à l’expertise de Science Feedback, organisation de référence en France en matière de fact-checking sur les sujets climatiques, dans le cadre du projet Climate Safegards. L’ensemble de la démarche a été par ailleurs produite avec l’appui de notre comité d’expert.

Les piliers de la méthodologie

Pilier 1

Les sources 
de données

La chantier de détection et d’analyse de la désinformation climatique s’appuie sur les données produites sur le périmètre audiovisuel de l’Observatoire des Médias sur l’Ecologie comme point de départ. Ainsi, le périmètre analysé est identique, concentré sur 18 chaînes télévisions et stations radios françaises, et seulement sur les programmes d’information.

Pilier 2

Définitions : mésinformation et désinformation climatique

Dans la littérature académique, la désinformation climatique est généralement définie comme suit :

  • La désinformation climatique est définie comme un discours faux ou trompeur et à haut risque d’induire le public en erreur sur des faits avérés par l’état des connaissances scientifiques à propos du changement climatique et de l’action climatique concernant les mesures d’atténuation et d’adaptation telles qu’établies par le GIEC.
  • La mésinformation climatique se distingue par l’absence de volonté démontrée du locuteur de nuire, pouvant donc relever de l’erreur, ou de la perméabilité à des récits trompeurs.

Ces travaux adoptent une approche opérationnelle, qui se concentre principalement sur : 

  • le caractère faux des contenus, 
  • leur impact potentiel négatif sur les publics ou les politiques publiques, plutôt que sur l’intentionnalité ou la conscience des producteurs et diffuseurs.

Dans ce contexte, deux termes supplémentaires sont utilisés pour affiner l’analyse :

  • Narratif de désinformation : parmi les cas de mésinformation détectés, un récit récurrent émerge de façon significative si plus de > 8 occurences sont détectées. La répétition est un indice jugé suffisamment fort pour indiquer l’existence probable d’une certaine intentionnalité visant à tromper l’opinion.
  • Affirmation fausse : affirmation non étayée, soit scientifiquement contredite, soit manipulatrice par omission, soit fondée sur des théories invalidées. Une affirmation contredite dans la séquence (2 minutes) n’est pas comptabilisée (voir 4. Une validation 100% humaine, déontologique et robuste).

Cette définition inclut notamment : le consensus scientifique sur le changement climatique, son origine humaine, mais également un certain nombre de faits scientifiques avérés sur les solutions permettant la transition climatique.

Notamment, la propagation de fausses informations sur l’énergie, la mobilité électrique ou l’agriculture dans le contexte du changement climatique est bien considéré comme de la désinformation climatique. L’ensemble des solutions étudiées par le 3ème groupe de travail du GIEC rentre dans le périmètre (voir ci-contre).

Une importante littérature scientifique porte notamment sur ces nouveaux narratifs de « New Climate Denial », intégrant bien la désinformation sur les solutions à la crise climatique.

Pilier 3

Une détection facilitée par des modèles de langage

Afin de minimiser son usage déraisonné de la technologie, l’Observatoire des Médias sur l’Ecologie a tenté de minimiser l’utilisation de l’IA, fortement énergivore, aux éléments impossibles à réaliser autrement.

Ainsi, les modèles de langages utilisés permet de détecter quotidiennement dans les flux traités par l’Observatoire des Médias sur l’Ecologie des cas à risque de présenter de la mésinformation climatique. Grâce aux vérifications humaines (voir 4. Une validation 100% humaine, déontologique et robuste), l’algorithme est également ré-entrainé pour détecter de mieux en mieux les cas de mésinformation.

Pilier 4

Une validation 100% humaine, déontologique et robuste

La classification d’un segment en désinformation correspond aux catégories d’affirmation à crédibilité très faible (Inexacte ou Erronée), ou faible (Trompeur) lorsque l’affirmation présente un potentiel élevé d’induire le public en erreur sur des faits établis. Ces catégories ne concernent pas de simples imprécisions ou des débats d’interprétation : elles désignent des affirmations non étayées, soit scientifiquement contredites, soit manipulatrices par omission, soit fondées sur des théories invalidées. Ces catégories s’appuient sur les standards déontologiques du fact-checking.

Précisions et cas particuliers :

Des paroles contredites dans la même séquence de 2 minutes ne sont pas considérés comme des cas de mésinformation climatique. Il convient par ailleurs de rappeler qu’il est très rare de voir des paroles explicitement contredites ultérieurement à 2 minutes, tant les débats et échanges médiatiques reposent sur des réponses rapides et courtes.

Des paroles rapportées d’une personnalité politique, niant l’origine humaine du changement climatique ne sont pas considérés comme des cas de mésinformation climatique.

Pilier 5

Identification des locuteurs

Afin d’étudier la typologie de la désinformation, nos fact-checkers s’attachent ensuite à préciser pour chaque affirmation par quel type de locuteur elle a été prononcée. Aussi, la catégorisation suivante a été construite. Il convient de préciser que les personnalités politiques sont celles revêtant une affiliation immédiate à un parti politique, parlant en son nom ouvertement.

L’Observatoire n’a pas vocation à identifier pour chaque partie prenante, notamment invités ou auditeurs s’ils sont affiliés à tel ou tel parti.

Journalistes
Professionnels de l’information qui rapportent et analysent l’actualité.

Chroniqueurs
Intervenants réguliers qui donnent leur avis, interprètent ou commentent des sujets.

Politiques
Responsables ou représentants du monde politique officiels.

Invités non politiques
Personnes ponctuellement présentes pour partager leur expertise ou leur expérience.

Auditeurs
Membres du public qui réagissent, posent des questions ou témoignent.

Pilier 6

Identification des narratifs de désinformation

Afin d’élargir le périmètre de l’analyse, les cas correspondant à des éléments de langages similaires ou identiques sont regroupés au sein de « narratifs de désinformation ».

Cette construction s’est faite avec une double approche : mathématique et humaine.

  • Un clustering (regroupement statistique de cas similaires) automatisé a été réalisé, pour rapprocher les cas de mésinformation sémantiquement proches les uns des autres.
  • Dans un second temps, une validation humaine de l’ensemble de ces clusters a été réalisée afin de s’assurer de la cohérence générale et de la capacité à produire des debunk groupés.

Cette logique de narratifs (ou campagnes ) de désinformation permet à la fois d’acculturer les audiences aux sujets les plus soumis à la désinformation, de pousser à la formation des journalistes exposés au direct sur ces sujets précisément, mais également d’encourager les médias à informer autour de ces thématiques et donc renforcer le pré-bunking des populations face à la désinformation climatique.