Lancement de l’Observatoire des Médias sur l’Ecologie

Lancement de l’Observatoire des Médias sur l’Ecologie

Le 7 novembre 2024, l’Observatoire des Médias sur l’Ecologie a pris son envol. La soirée de lancement s’est tenue au Théâtre de la Concorde, en présence de médias, journalistes, institutionnels, ainsi que d’une partie de la société civile. Les premiers résultats ont pu être dévoilés, dressant un bilan d’un an et demi d’analyse de données sur le traitement de l’écologie par les grands médias audiovisuels en France.

La couverture médiatique de l’environnement à la TV et à la radio fluctue en fonction des événements et de l’actualité, mais reste relativement modeste depuis 1 an et demi. Après un pic à l’été 2023, la part du temps d’antenne dédiée à l’environnement est même en baisse, passant de près de 7% de l’information, à environ 4% aujourd’hui (moyenne 2024 : 3,7% versus moyenne 2023 : 5,3%).

LA BIODIVERSITÉ ET LES RESSOURCES NATURELLES, PARENTS PAUVRES DU TRAITEMENT MÉDIATIQUE

La biodiversité et les ressources naturelles sont en moyenne deux à quatre fois moins abordées dans les médias audiovisuels que le changement climatique. Au total, cela représente un temps d’antenne limité, bien que ces enjeux soient essentiels au bon fonctionnement de nos sociétés et de nos économies.

En outre, le vocabulaire employé par les médias audiovisuels pour parler de la biodiversité est peu spécifique : dans 80% des cas où ce type de mots-clés est mentionné, il s’agit de mots communs aux autres crises environnementales (climat et/ou ressources naturelles).

Un effort de simplification du discours est certes nécessaire, mais il existe de nombreux sujets spécifiques à la biodiversité sur lesquels il semble important d’informer le public (par exemple, l’impact des pesticides et leurs alternatives). C’est un enseignement intéressant alors que la COP16 vient de s’achever en Colombie.

UNE COUVERTURE MÉDIATIQUE TIRÉE À LA HAUSSE PAR LES ÉVÉNEMENTS MÉTÉOROLOGIQUES EXTRÊMES

La part d’antenne dédiée à l’environnement en général, climat compris, est boostée lorsque surviennent des événements météorologiques extrêmes. Par exemple, la totalité de l’augmentation de la couverture climatique mesurée par notre Observatoire à l’été 2023 fut causée par l’augmentation des contenus d’information traitant des canicules, sécheresses, pertes de récoltes, etc.

Ce constat, qui paraît logique compte tenu de l’importance de “l’actualité du jour” dans la hiérarchisation de l’information, pose néanmoins certains défis :

  • Lorsque les contenus sur les catastrophes climatiques augmentent, les contenus qui parlent des solutions, eux,
    n’augmentent pas pour autant
    . Or, les travaux en sciences de l’information et de la communication, en psychologie et
    sociologie montrent que le public – et particulièrement les Français – attend une information plus axée sur les leviers d’action, en particulier lorsque les mauvaises nouvelles sur l’environnement se succèdent. Le risque, lorsque les médias décorrèlent la part d’antenne dédiée aux catastrophes du temps dédié aux solutions, est de pousser les individus à éteindre le poste ou à entrer dans des postures de déni.
  • Cela pose des questions éditoriales. S’il n’est pas possible de mentionner des solutions climatiques dans chaque reportage
    qui parle de canicule ou d’inondation, il est sans doute envisageable, lorsqu’un tel événement dure plusieurs jours, de le faire
    après le premier jour. Ou encore de chercher à équilibrer à l’échelle d’un programme – tel qu’un JT – la part de traitement
    dédié aux crises et celle dédiée aux solutions. C’est aussi possible à l’échelle d’un magazine d’information, ou même d’une
    semaine ou d’un mois.
  • Il semble que les journalistes rapportent moins systématiquement les liens entre fortes pluies et changement climatique, qu’entre canicules et changement climatique. En effet, les intempéries et fortes pluies, accompagnées de températures clémentes de 2024 ne se sont pas traduites par une hausse de la couverture environnementale, hormis à l’été 2024. Or, il a été démontré par les scientifiques que ces intempéries ont bien été amplifiées sous l’effet du changement climatique. Toujours selon les scientifiques, chaque degré supplémentaire se traduit par 7 % d’humidité en plus dans l’air, et donc plus de pluie. En outre, la science de “l’attribution”, qui permet d’attribuer la cause d’un événement météorologique extrême au changement climatique, a fait des progrès fulgurants ces dernières années, avec des résultats qui paraissent les jours suivant l’événement. Cela vise à simplifier le travail journalistique. Néanmoins, les inondations terribles de cet automne pourraient changer la donne dans les rédactions – ce sera à confirmer dans les mois qui viennent.
  • La plus faible couverture des crises de la biodiversité et des ressources naturelles s’explique probablement en partie par leur caractère moins visible, plus silencieux. Elles ne provoquent pas souvent de chocs, tels que les inondations ou les sécheresses liées au changement climatique. Hélas, ces crises ont bien lieu et menacent nos conditions de vie humaine, tout comme le changement climatique. Face à cette réalité, les pratiques journalistiques pourraient s’adapter pour mieux traiter ces sujets. Elles pourraient proposer des sujets plus “froids”, avec des reportages sur le terrain (ce qui induit des coûts). Certains médias ont commencé ce travail.

DES MOMENTS FORTS DE LA VIE MÉDIATIQUE RYTHMÉS PAR LES ÉVÉNEMENTS POLITIQUES MAJEURS

Comme pour le reste de l’info, les événements politiques majeurs sont des déclencheurs de contenus médiatiques sur l’environne- ment. C’est le cas des COP ou bien de la crise agricole de l’hiver 2024. Or, depuis les élections législatives de l’été 2024, le climat et l’environnement sont moins présents dans les discours des responsables politiques au pouvoir. Cela explique une partie de la baisse constatée dans le temps d’antenne dédié au climat, à la biodiversité et aux ressources naturelles.

CERTAINS SECTEURS D’ACTIVITÉ POURRAIENT VOIR LEUR COUVERTURE MÉDIATIQUE RENFORCÉE

  • Sur le climat, les leviers d’action du secteur énergétique ont été les plus traités par les médias audiovisuels sur l’année écoulée.
  • Toujours sur le climat, le secteur du bâtiment est insuffisamment traité par les médias si on se réfère à sa contribution aux émissions de gaz à effet de serre françaises (16% en 2022, alors qu’il ne représente que 1% des mentions des causes du changement climatique dans les médias). C’est aussi le cas pour son rôle dans la décarbonation de l’économie, dont on sait qu’il est central, via la rénovation thermique et la baisse des consommations de fuel et de gaz, alors que le secteur ne représente que 4% des mentions des solutions climatiques..
  • Le traitement médiatique de l’industrie pourrait également être renforcé, relativement à son poids dans les émissions carbonées
    et dans la transition climatique.
  • Les autres secteurs (transports et agriculture) sont traités plutôt proportionnellement à leur rôle dans la transition écologique.

UN TRAITEMENT DIFFÉRENCIÉ EN FONCTION DU TYPE DE MÉDIA

En moyenne, les médias généralistes parlent plus d’environnement que les médias d’information en continu, la radio en parle plus que la TV et les médias publics en parlent plus que les médias privés.

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